ImmersionPensées

Ce matin on m’a sorti : “Greg, tu es sérieux, un blog de voyage alors que t’habites ici depuis des lustres ?”. Autrement dit, n’y aurait-il pas un peu tromperie sur la marchandise ?

Pour reprendre l’expression de mon pote, j’aime bien les lustres, plus particulièrement les lumières, et encore plus les étincelles que procure l’ailleurs. L’ailleurs, parlons en. Doit-on nécessairement voyager loin pour se nourrir de rencontres ? Je pense que la quête d’ailleurs peut naître d’autre chose que de la distance physique.

L’ailleurs peut jaillir de l’étonnement face à de nouveaux paysages, ou encore de la rencontre avec de nouvelles personnes croisées au gré du hasard. L’ailleurs peut se murer dans tout ce qui est extérieur à nos certitudes et à cette bonne vieille routine qui nous englue dans cette idée que “voyager, c’est souvent nécessairement lointain”. L’ailleurs peut donc être vécu “ici”.

Et c’est d’ailleurs le message que j’essaierai à travers mes petits récits de transmettre. On peut s’éblouir, se dépayser à vingt kilomètres de chez soi et s’angoisser dans un centre commercial comme il en existe des millions, au bout du monde. Ou inversement. Il n’y a à mon sens pas de règles. Avant tout, le voyage fait partie comme l’écrivait l’essayiste Paul Morand de “Gagner le procès contre l’habitude”. Autant dire que chaque jour dans ma région, je me retrouve au tribunal de l’évasion.

L’habitude, le bon petit train train quotidien nous conditionne à faire du voyage un rêve qui pour beaucoup est inaccessible. Quand on prend conscience que ce voyage peut se trouver au coin de sa rue, la cascade de la frustration s’assèche. Car dans ces 6 mots, doux en bouche, moins glamour en anglais (travel), il existe un imaginaire collectif. Une sorte de mirage fantasmé : “tu pars où ?”. Partir, s’enfuir, s’évader du quotidien. Mais cette partance, cette fuite, cette évasion sont à portée de main.

Pour certains, ce lâcher prise trouve son sel dans l’excès. L’excès d’alcool, de substances. Ce lâcher prise pour fuir le quotidien peut se faire, paradoxalement, au quotidien. Et le danger guette. Je préfère voyager autrement. En fuyant le quotidien mais avec mes propres envies. Celles d’un voyage à deux pas de chez soi. C’est mon plaisir qui ne risque rien, à part vivre pleinement au lieu de se consumer à petits feux dans des mirages d’évasion néfastes.

J’habite ici depuis des lustres. Et je pars en éclaireur avec vous. Bonne lecture.

En direct de l’ailleurs en Provence. 24.03.2017

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