ImmersionPensées
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Aujourd’hui, on part faire une nouvelle rencontre en Provence. Un indice ? On l’aperçoit une quarantaine de fois par an, mais quand il arrive chez nous, il ne fait pas semblant. L’orage. En Provence. Toute une histoire.

Premier acte : l'insouciance

J’ai toujours été fasciné par ces colosses de brume noire. Quand ils approchent. Grondent vers le Nord. Tout commence sous un soleil âpre. Celui qui irradie pour encore quelques minutes les rives de Bimont, retenue d’eau turquoise lovée au balcon d’Aix en Provence. Oui il fait encore beau, j’attends le premier orage de l’année. Comme ceux qui attendent de cueillir les fruits du verger ou le dernier Iphone fébrile à l’Apple Store d’Aix. Chacun ses priorités.

Si le ciel était à ce moment là un acteur de pièce de théâtre, il serait loin d’être l’Avare. Petit à petit, des nuages s’élèvent vers les collines du Luberon. La Durance, rivière dont les fines lueurs évoquent les crins de chevaux de Camargue qui cavalcadent jusqu’au Rhône, forme une barrière quasi infranchissable pour les cumulus en devenir. Mais bientôt, tout se corse.

Deuxième acte : l'appréhension

Côté Vaucluse, le ciel s’obscurcit. Côté Bouches du Rhône, le soleil espère que la Durance cette fois-ci encore s’élèvera face à ces monstres superbes. Il flotte alors dans l’air, autour de 16h30, l’été venant, une drôle d’atmosphère. Quelque chose se trame. Le mistral tire sa révérence et part tournoyer vers Beaucaire. Le château de Lourmarin retient son souffle. L’air grésille. On se dit “ça devrait plus tarder”. Les thyms regardent vers la Provence Verte. Nous sommes dans l’approche. Je sens qu’au prochain virage, je vais tomber sur lui. Jackpot. Au détour d’une restanque, l’orage surgit. Victorieux. Il nous fait face. Avec son armée de nimbes d’ébène. Il nous toise du regard à trente bornes de là.

Vertical. Vertigineux. Vert encore mais presque mûr pour tomber de l’arbre céleste.

Une fois n’est pas coutume, les grondements traversent la Sainte Victoire. Je m’en réjouis. Je crois que j’aime bien cette rencontre. Elle est toujours inattendue comme quand on croise une vieille connaissance un peu lunatique. L’orage du jour passera en coup de vent, mais veut prendre ses aises au-delà de ses frontières naturelles. Il titille alors les franges de la Côte Bleue, le Vieux Port et les plaines de la Crau, étonnées par celui qui en général se cantonne au Nord. J’ai toujours adoré ce premier roulement de tonnerre. Solennel. Aux portes du lointain. L’orage s’exprime pour la première fois. Il vient comme un messager dire aux joueurs de pétanque de plier la partie avant que sonne le glas du déluge. Il vient défier celui qui règne en maître : le soleil. Nous sommes quelque part dans une guerre de territoire qui nous échappe. La seule où l’homme n’y peut rien.

La goutte arrive. Avec cette odeur de bitume mouillée. L’orage gagne. Plante son drapeau au sol. L’éclair zèbre. Plus proche. On est cerné. Quel bonheur.

Troisième acte : la délivrance

Les maisons en pierre de Gordes deviennent des flaques. La chavanne bat la chamade dans une aquarelle aux nuées qui paraissent éternelles. L’orage devient un peintre. Le chevalet se nimbe de noir. Le cumulonimbus s’en donne à coeur joie entre Pertuis, Salon et Rousset. Il ne fait pas semblant. Nous sommes dans une peinture réaliste, brute, humide. Bienfaisante. Dérangeante. Rafraîchissante.

Dernier acte : les adieux

L’Ouest reprend des forces. Les lumières refont surface dans ce lointain horizon qui dérive vers le Gard. L’orage est en train de perdre la partie. Un dernier coup d’éclat dans le ciel. Il tire sa révérence. Rideau. La paix est en chemin. Un nouveau personnage s’invite. Le crépuscule. Timide, éphémère, mais heureux d’avoir le dernier mot. Dans un ultime souffle mandarine, l’aube inversée suspend le temps quelques minutes. Le temps que les Baux de Provence se dorent. Le jour s’endort. C’est passé. C’était pas si grave au fond cet orage. Le spectacle est partout en PACA. J’aime ces moments où la nature se déchaîne sans rien demander à personne. Ailleurs, on dirait qu’on se sent tout petit face à ces caprices joyeux du temps. Ici, en Provence, la différence c’est qu’on en sort volontiers grandi.

Vous avez aimé ce récit ? Je vous accueille bien volontiers sur ma page facebook dédiée aux Roads Trip en Provence !

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