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L’A51, ou quand je deviens presque infidèle à la Provence

L’essence d’un road trip, c’est le cheminement. Ici, nous sommes sur deux fois deux voies. Pour parfaire la multiplication, quatre adjectifs vont alors éclore sous vos yeux. Quand je vois Gap, Digne et Sisteron s’afficher sur les panneaux bleus tanqués à la sortie d’Aix, je sais que je commets presque un impair heureux de quitter la Provence. S’engager sur l’A51, l’Autoroute qui relie Plan de Campagne à Tallard, c’est partir flirter avec une contrée qui me fait les yeux doux : les Alpes. Me voici alors sur la route, faussement fébrile, vraiment et déjà régénéré. Le tunnel de Jouques englouti, le 04 prend ses aises sur les plaques d’immatriculation. La Durance s’improvise passage de témoins entre Provence et Alpes, deux mondes si proches et si lointains à la fois. Manosque, 35 000 habitants, apparaît. Au loin, les cimes des Alpes se découpent déjà à l’horizon. On est pourtant encore à plus de 80 kilomètres.

Mais déjà on imagine ce que doit ressentir le randonneur qui nous épie de là haut, tout en haut, à la Tête de l’Estrop peut être, perché à 2961 mètres, au lointain. Bien loin des rêveries de cette chèvre qui sirote tranquillement les lacs patiemment en contrebas.

On a presque la sensation d’être Jack Sparrow qui voit au loin un mirage, une île luxuriante. Sauf qu’ici, la terre promise est faite de roches et de neiges éternelles.

Nous sommes sur la route des promesses. Promesse de slalomer dans la poudreuse dans moins de deux heures. Promesse de se baigner dans les Gorges du Verdon quand juin est bien mûr. Promesse enfin de se frayer un chemin à travers mille vallées, mille histoires. Il flotte un air de délivrance quand on part sur l’A51.

Arrivé vers Sisteron, on rentre dans les kilomètres arc-en-ciel ! Tous les étés, pendant quelques jours, les averses isolées explosent sous les orages fascinants et se font croquer par le soleil couchant qui file derrière la Montagne de Lure. Résultat : les couleurs sont sur leurs 31 entre les rideaux de pluies et l’autoroute détrempée, mais imperturbable. Fière de nous mener coûte que coûte au graal. La cime.

Pour résumer dans une toute petite coquille ma pensée (en anglais, on dit “To put it in a nutshell”), cette autoroute fait partie de mes moments de Provence où je ressens une évasion intense. Souvenirs des hivers dans les stations, des printemps brumeux percés de cerisiers, des étés en plein cagne au Verdon et des automnes mordorés dans les crépuscules moites de Banon. L’autoroute 51 est une parenthèse, un guillemet qui raconte une histoire. Celle d’une Provence qui ne vous en voudra pas pour cette infidélité éphémère. On revient toujours à ses premières amours. Là où vous êtes heureux, c’est là le chemin. Voilà ce que la Provence murmure sur cette autoroute unique.

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