Immersion

Personne ne la connaît vraiment. Je vous y amène.

Étourdissement. Le décor qui nous fait face est singulier. Saint Chamas est derrière nous, on serpente les routes. Le soleil réchauffe notre dos. Nous filons vers les plaines. Une de mes amies qui m’accompagne me dit : “tu vas voir, on va aller dans un lieu à l’abri de tous “. Je n’avais pas idée à quel point elle n’allait pas avoir tort. Un titre au piano est charrié par les vents. Un panneau de tourisme surgit soudain entre les roseaux et nous indique que nous changeons de territoire. Pas le temps de lire. Juste des sonorités espagnoles dans les lettres. Petit à petit, les longues lignes droites se brouillent, frissonnent, deviennent courbes. Le relief change. Je fronce les sourcils. Où est la Camargue rectiligne ? Où sont les Saintes-Marie-de-la-Mer vers la gauche ? Qu’a-t-on fait des manades bohèmes, des lointaines Alpilles au Nord et du sel dans l’air ? Je ne reconnais rien du tout. Adrénaline intense. 

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La route débouche soudain sur un décor inconnu. Je n’en reviens pas.

Au premier plan, en léger contrebas, un terre-plein immense de citronniers miniatures, gorgés de fruits. Ils jaunissent de plaisir dans l’air doux du matin. Le vent se met à mugir. Juste derrière, d’immenses arcades de soixante mètres de haut, laissent entrapercevoir une cité. Les couleurs sont d’une grenadine insouciante. Le soleil tape en plein sur les pierres, les toits. 

Des panneaux sortent de tous les côtés. Tajapas. Cité médiévale oubliée, quelque part en Camargue.

Je pose enfin des mots sur ce lieu fou. Tout est flou. Abstrait. Délicieusement flottant, car nous sommes dans un rêve. Un rêve que j’ai fait cette nuit même. Suivez-moi. Partons explorer cette cité en Provence hors du temps. J’aurais tellement voulu savoir dessiner pour vous retranscrire les moindres recoins de ce lieu éphémère, fruit d’une nuit d’automne. Les mots suffiront je l’espère. A aucun moment nous ne roulions vraiment. On voltigeait, se baladait à même les pavés, sans véhicule, peut être même sans marcher, ni courir.

Derrière le vertigineux aqueduc, du calcaire de Liesberg jaune sert de bitume, de murets, de façades, de toitures. La pierre est partout. Le végétal aussi. Le goudron et le bitume font partie de l’autre monde. Le nôtre. Celui du jour. De la vie vécu. 

A quoi ressemblent les gens ? L’imaginaire a bien fait son boulot, nous sommes dans la Provence d’hier. Je suis dans un rêve lucide, je prends conscience que tout ce que je vois n’est que songe. Et je deviens scénariste, je gribouille, redessinne, ne me réveille à aucun moment. Dans l’intimité d’un décor inventé. Bienvenue à vous. 

Soudain, on prend un petit chemin vers la droite. En terre. Un nouveau paysage déboule face à nous dans un grand fracas. 

Dans le vrai monde, on se croirait dans un Verdon miniature. L’eau est anisée, cristalline. “Ne t’y baignes pas, elle est électrique”. Pas le temps de débriefer la phrase énigmatique de l’aventurière à mes côtés. Je tourne la tête vers la droite. Et je tombe nez à nez sur… Le massif de la Sainte Victoire déformée. Triangulaire à l’extrême, comme si le ciel marionnettiste avait étiré la croix du sommet à l’infini. En coupant les fils. Ma vue se brouille alors. Le rêve était en train de se finir. Fin de la récré. Encore quelques secondes pour profiter de tout ce spectacle si vivant, si réel. La Provence en rêve est aussi belle que la Provence réelle.  

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